La semaine dernière, j'ai attendu 1h45 devant un restaurant de Thonglor qui avait buzzé sur Instagram. Un concept « omakase mexicain » — oui, vous avez bien lu. Le chef avait un compte à 80k followers, les photos étaient léchées, le menu dégustation à 3 500 bahts. Résultat : des tacos tièdes avec du saumon norvégien et une sauce ponzu. J'ai payé, j'ai souri poliment, et en sortant j'ai mangé un pad kra pao à 50 bahts au coin de la rue qui m'a davantage satisfait.
Après sept ans à Bangkok, j'ai appris une chose : dans cette ville, les ouvertures de restaurants, c'est un sport national. Il y en a des centaines chaque année. La plupart ferment dans les 18 mois. Certains ne méritent pas qu'on traverse la rue. Mais quelques-uns — une poignée — valent vraiment le détour. Voici mon tri pour 2025, sans filtre et sans sponsoring.
Les vraies pépites : mes coups de cœur de début 2025
Je vais commencer par le positif. Trois adresses m'ont sincèrement marqué depuis janvier, et j'y suis retourné de mon plein gré — ce qui, pour moi, est le seul critère qui compte.
Khao Yai Kitchen (Ari, soi 4) — Un couple thaï-australien qui a quitté Melbourne pour ouvrir un restaurant de cuisine isan revisitée. Pas de chichis, 12 tables, carte courte qui tourne chaque semaine. Leur laab ped (canard) est le meilleur que j'aie mangé en ville. Le nam tok moo utilise du porc de Chiang Rai élevé en plein air — on sent la différence. Comptez 350-500 bahts par personne, alcool compris. Ils ferment le lundi et ne prennent pas de réservation. Arrivez avant 18h30 ou faites-vous une raison.
Ferment BKK (Sathorn, soi 10) — Un bar-restaurant axé sur les fermentations. Le chef, Pim, a bossé chez Gaggan puis a disparu pendant trois ans. Elle est revenue avec un concept pointu mais accessible : des petites assiettes entre 120 et 280 bahts, toutes construites autour d'un ingrédient fermenté maison. Le kimchi de mangue verte avec le porc grillé, c'est un truc que je n'oublierai pas. L'endroit est minuscule, un ancien garage reconverti, et l'ambiance est vraiment détendue.
Rung Charoen 2.0 (Yaowarat) — Techniquement, ce n'est pas une « ouverture » : c'est la petite-fille de la fondatrice qui a repris le shophouse familial et tout rénové. Nouveau four, nouvelle carte, mais les recettes de ba mee de la grand-mère sont restées. La soupe au canard braisé cinq épices vaut le déplacement à Chinatown à elle seule. Et le prix n'a pas changé : 70 bahts le bol.
Le tableau honnête : comparatif des ouvertures notables
| Restaurant | Quartier | Cuisine | Budget / pers. | Mon verdict | Vaut la queue ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Khao Yai Kitchen | Ari | Isan revisitée | 350-500 ฿ | ★★★★★ | Oui |
| Ferment BKK | Sathorn | Fermentation / fusion | 400-700 ฿ | ★★★★★ | Oui |
| Rung Charoen 2.0 | Yaowarat | Ba mee / canard braisé | 70-150 ฿ | ★★★★★ | Absolument |
| NAMI Rooftop | Sukhumvit 24 | Japonaise « premium » | 2 500-4 000 ฿ | ★★★☆☆ | Non |
| Côte Bangkok | Langsuan | Française bistronomique | 1 200-2 000 ฿ | ★★★★☆ | Si vous réservez |
| Bao District | Thonglor | Bao / street food taïwanaise | 200-400 ฿ | ★★★☆☆ | Non, surhypé |
| The Green Collective | Ekkamai | Végétarienne / vegan | 300-550 ฿ | ★★★★☆ | En semaine oui |
Les ouvertures surhypées : épargnez-vous le déplacement
Je ne vais pas me faire des amis, mais tant pis. Certains endroits qui ont inondé mon feed Instagram depuis janvier ne méritent franchement pas le battage.
NAMI Rooftop — L'énième rooftop japonais « premium » de Sukhumvit. Belle vue, certes. Mais 3 200 bahts pour un omakase de 8 pièces dont la moitié vient du même fournisseur que les supermarchés Gourmet Market ? Non merci. Le sushi Masa à Convent Road fait mieux pour un tiers du prix, sans la prétention.
Bao District — Le concept avait l'air sympa sur le papier : des baos artisanaux avec des garnitures créatives. En réalité, la pâte est trop dense, les portions sont ridiculement petites pour le prix, et le week-end c'est devenu un studio photo pour influenceurs. L'endroit est joli, je ne dis pas le contraire. Mais on vient manger, pas faire un shooting.
Mon test perso : Si je n'ai pas envie d'y retourner dans les deux semaines, c'est que ce n'était pas si bon que ça. L'excitation de la nouveauté masque souvent la médiocrité. Je laisse toujours passer 10 jours avant de me forger un avis définitif.
La surprise française : Côte Bangkok
En tant que Français, je suis toujours méfiant quand un restaurant français ouvre à Bangkok. Souvent c'est soit trop cher pour ce que c'est, soit une caricature de bistrot parisien avec des nappes à carreaux et du foie gras en conserve.
Côte Bangkok, sur Langsuan, m'a surpris. Le chef, Antoine, a bossé dans des bistrots lyonnais avant de débarquer ici. Il a eu l'intelligence de ne pas essayer de tout importer : il bosse avec des producteurs locaux. Son poulet de Korat rôti au jus, pommes grenaille, c'est simple et parfaitement exécuté. Le tartare de bœuf utilise du bœuf thaï nourri à l'herbe — et honnêtement, il tient la route face à ce qu'on trouve à Paris.
Le menu déjeuner à 590 bahts (entrée-plat-dessert) est un excellent rapport qualité-prix pour ce niveau de cuisine. Le soir, ça monte vite avec le vin — mais c'est le cas partout à Bangkok à cause des taxes sur l'alcool. Mon conseil : allez-y le midi.
Le vrai bon plan : les shophouses qu'on ne voit pas sur Instagram
Les meilleures ouvertures de 2025 ne sont pas sur votre feed. Elles n'ont pas de logo designé par une agence créative, pas de néons « Instagrammables », pas de menu en anglais parfois.
À On Nut, dans le soi 44, une dame qui tenait un stand de khao man gai depuis 15 ans a enfin pris un local en dur. Elle a gardé exactement la même recette. Le poulet est poché à la perfection, le riz est gras et parfumé comme il faut, et la sauce au gingembre pique juste ce qu'il faut. 50 bahts. Pas de nom en anglais, cherchez l'enseigne jaune avec un poulet dessiné à la main.
À Bang Rak, un ancien cuisinier d'hôtel a ouvert un minuscule restaurant de khao tom (soupe de riz) ouvert uniquement de 22h à 4h du matin. Six plats au menu, pas un de plus. Le poisson en papillote aux herbes est extraordinaire. Je n'ai trouvé cet endroit que parce que mon chauffeur Bolt me l'a recommandé un soir où j'étais affamé après un vol de nuit.
Conseil pratique : Pour trouver les bonnes adresses locales, oubliez Google Maps en anglais. Utilisez Wongnai — c'est le « TripAdvisor thaï » — et filtrez par notes récentes. Les Thaïlandais sont beaucoup plus sévères et honnêtes dans leurs reviews que les touristes sur Google. Si un resto a plus de 4.2 sur Wongnai avec 200+ avis, foncez.
Ce que j'aurais voulu savoir
Si je devais donner un seul conseil à quelqu'un qui débarque à Bangkok en 2025 et veut bien manger, ce serait celui-ci : ne faites pas confiance au hype. Les algorithmes d'Instagram et TikTok ne récompensent pas la qualité de la nourriture — ils récompensent la photogénie, le décor, le buzz. Et à Bangkok, le buzz est une industrie.
Les meilleurs restaurants de cette ville ne sont souvent pas « nouveaux ». Ils sont là depuis des décennies et n'ont jamais eu besoin de votre attention pour exister. Mais parmi les ouvertures récentes, il y a quelques perles. Khao Yai Kitchen, Ferment BKK, Côte Bangkok le midi, et le shophouse sans nom d'On Nut — voilà ma short list pour 2025.
Autre chose que j'aurais voulu savoir : les restaurants « tendance » de Bangkok ont un cycle de vie très court. Le spot dont tout le monde parle en mars sera à moitié vide en septembre. Si un endroit vous intéresse vraiment, n'attendez pas six mois. Et inversement, si un restaurant survit à sa première année sans baisser de qualité, c'est probablement un bon signe.
Dernière chose : mangez au comptoir quand c'est possible. C'est là qu'on voit la cuisine, qu'on parle au chef, et qu'on comprend si l'endroit est sérieux ou si c'est du décor. En sept ans ici, mes meilleurs repas ont tous été pris assis sur un tabouret bancal, pas dans un fauteuil design.
À la semaine prochaine. Et si vous avez des adresses que j'ai ratées, envoyez-moi un mail — je teste tout.