Fiscalité

Fiscalité expat en Thaïlande : ce qui a changé en 2024 et ce que ça change pour vous

La Thaïlande a modifié ses règles fiscales sur les revenus étrangers en 2024. Ce que ça signifie concrètement pour un expat français.

En janvier 2024, mon comptable thaï — une dame très calme d'habitude — m'a appelé un samedi matin. Ça n'arrive jamais. Elle m'a dit, texto : « Marc, il faut qu'on parle de tes revenus français. » J'ai failli recracher mon café. Pendant six ans, mes revenus générés depuis la France et transférés en Thaïlande n'avaient posé aucun problème fiscal ici. Le deal tacite était simple : tant que l'argent avait été gagné l'année précédente, le fisc thaï ne s'y intéressait pas. Ce deal, au 1er janvier 2024, il n'existe plus.

Je vais vous expliquer ce qui a changé, ce que ça implique concrètement, et surtout les erreurs que je vois des expats commettre autour de moi à Bangkok, Chiang Mai ou Phuket. Je ne suis pas avocat fiscaliste — je suis un mec qui tient un blog et qui a dû potasser le sujet pour protéger ses propres finances. Prenez cet article comme un point de départ, pas comme un conseil juridique.

L'ancienne règle : le paradis fiscal (presque) officiel

Jusqu'au 31 décembre 2023, la Thaïlande appliquait une interprétation très arrangeante de son code fiscal. La règle était définie par l'ordonnance départementale Por. 161/2566 du Revenue Department. En résumé :

En pratique, ça voulait dire quoi ? Vous gagniez de l'argent en 2022 avec votre SASU en France, vous le transfériez sur votre compte Bangkok Bank en 2023, et le fisc thaï n'y touchait pas. Beaucoup d'expats — moi inclus — ont structuré toute leur vie financière autour de cette mécanique. On laissait l'argent dormir un an sur un compte européen, puis on le rapatriait tranquillement.

Ce système existait depuis des décennies. Il était connu, documenté, et utilisé à grande échelle. C'était l'un des arguments non-dits pour attirer les retraités et digital nomads occidentaux.

Ce qui a changé au 1er janvier 2024

Le Revenue Department thaïlandais a publié une nouvelle directive qui annule cette fameuse règle de l'année précédente. Désormais :

Règle 2024 : Tout revenu de source étrangère transféré en Thaïlande par un résident fiscal (180+ jours/an) est imposable, quelle que soit l'année où ce revenu a été généré. Cela inclut les salaires, dividendes, revenus locatifs, plus-values, pensions et revenus d'activité en ligne.

Concrètement, l'astuce du « je laisse mariner un an » ne fonctionne plus. Que vous transfériez des revenus gagnés en 2019 ou en 2024, le fisc thaï considère désormais que c'est imposable dès que l'argent touche le sol thaïlandais.

La raison officielle ? La Thaïlande cherche à élargir son assiette fiscale et à s'aligner sur les standards internationaux, notamment dans le cadre du Common Reporting Standard (CRS) de l'OCDE, auquel elle participe. Officieusement, le gouvernement a besoin de recettes après le COVID, et les expats représentent une cible facile à identifier.

Comparatif avant/après : ce qui change vraiment

Critère Avant 2024 À partir de 2024
Résidence fiscale 180+ jours en Thaïlande 180+ jours en Thaïlande (inchangé)
Revenus de source thaïe Imposables Imposables (inchangé)
Revenus étrangers transférés la même année Imposables Imposables (inchangé)
Revenus étrangers transférés l'année suivante ou après Non imposables Imposables
Revenus étrangers non transférés en Thaïlande Non imposables Non imposables (inchangé)
Épargne/capital accumulé avant 2024 Non applicable Non imposable (pas un revenu)
Convention fiscale France-Thaïlande Applicable Applicable (inchangé)

Le point clé à retenir : seul le transfert vers la Thaïlande déclenche l'imposition. Si vous laissez vos revenus sur un compte en France ou en Europe, la Thaïlande ne peut pas — en théorie — les taxer. Mais dès que l'argent atterrit ici, il est dans le viseur.

La convention fiscale France-Thaïlande : votre bouclier (partiel)

Il existe une convention fiscale bilatérale entre la France et la Thaïlande, signée en 1974. C'est un vieux texte, pas toujours limpide, mais il reste votre meilleur allié pour éviter la double imposition.

Voici comment ça fonctionne en pratique pour les cas les plus courants :

Attention : La convention de 1974 ne couvre pas explicitement certains revenus modernes (revenus de plateformes en ligne, crypto, freelance international). Dans ces zones grises, c'est le droit interne thaïlandais qui s'applique, et il n'est pas en votre faveur. Consultez un fiscaliste spécialisé en droit international — pas votre pote qui « connaît un gars ».

Les barèmes thaïlandais : pas si terribles, en fait

Beaucoup d'expats paniquent sans même regarder les taux. Voici les tranches d'imposition thaïlandaises pour les revenus des personnes physiques (en bahts, par an) :

Tranche de revenus (THB/an) Taux d'imposition Équivalent approximatif (EUR)
0 – 150 000 Exonéré 0 – 3 900 €
150 001 – 300 000 5 % 3 900 – 7 800 €
300 001 – 500 000 10 % 7 800 – 13 000 €
500 001 – 750 000 15 % 13 000 – 19 500 €
750 001 – 1 000 000 20 % 19 500 – 26 000 €
1 000 001 – 2 000 000 25 % 26 000 – 52 000 €
2 000 001 – 5 000 000 30 % 52 000 – 130 000 €
Plus de 5 000 000 35 % Plus de 130 000 €

Un retraité français qui touche 2 000 € par mois et transfère tout en Thaïlande, ça fait environ 936 000 bahts par an. Après déduction personnelle de 60 000 THB et l'exonération de la première tranche, l'impôt thaï serait d'environ 80 000 à 90 000 bahts (autour de 2 200 €). Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas la fin du monde — surtout si vous pouvez déduire ce que vous avez déjà payé en France.

Le vrai problème, c'est l'incertitude. Personne ne sait encore exactement comment le Revenue Department va appliquer ces règles dans la pratique. Début 2025, les premiers contrôles commencent à peine. Et mon comptable me dit que les fonctionnaires locaux eux-mêmes ne sont pas toujours d'accord sur l'interprétation.

Ce que font les expats autour de moi (et ce que je fais)

À Bangkok, dans mon cercle, j'observe quatre stratégies :

1. Les autruches. Ils ne changent rien et espèrent que le fisc thaï ne viendra jamais les chercher. C'est un pari. Avec le CRS et l'échange automatique d'informations bancaires entre la France et la Thaïlande, c'est un pari de plus en plus risqué.

2. Les minimiseurs. Ils réduisent les transferts vers la Thaïlande au strict minimum et vivent davantage sur des cartes de crédit françaises ou des retraits ATM. Attention : le Revenue Department a indiqué que les retraits ATM depuis un compte étranger pourraient être considérés comme un transfert. La zone grise est immense.

3. Les optimiseurs. Ils travaillent avec un fiscaliste pour structurer leurs revenus : identifier ce qui relève de la convention bilatérale, séparer capital et revenus, documenter les crédits d'impôt. C'est ce que je fais. Ça me coûte environ 35 000 bahts par an en honoraires, mais je dors mieux.

4. Les partants. Certains envisagent sérieusement de passer sous les 180 jours en Thaïlande, en alternant avec la Malaisie, le Cambodge ou le Vietnam. C'est radical, mais ça fonctionne mécaniquement : pas de résidence fiscale, pas d'impôt thaï sur les revenus étrangers.

Moi, personnellement ? Je continue de vivre à Bangkok. Ma vie est ici — mon appartement à On Nut, mes habitudes, mes amis. Mais j'ai sérieusement revu la façon dont je transfère mon argent. Je documente tout. Chaque virement Wise, chaque conversion, chaque justificatif de paiement d'impôt français. Si le fisc thaï frappe à ma porte, je veux avoir un dossier propre.

Ce que j'aurais voulu savoir

Si je pouvais remonter le temps et me parler en 2023, voici ce que je me dirais :

Premièrement, ne panique pas, mais ne fais pas l'autruche. Ce changement est réel et il ne sera pas annulé. La Thaïlande va dans le sens de plus de transparence fiscale, comme tous les pays de l'ASEAN.

Deuxièmement, prends un comptable qui comprend les deux systèmes — français et thaïlandais. Pas un cabinet local qui fait des déclarations pour des petits commerces thaïs. Un cabinet qui a l'habitude des expats. J'en ai testé trois avant de trouver le bon. Ça vaut l'investissement.

Troisiè